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"Qui êtes-vous, Maristes ?"
Question souvent entendue. Question sur laquelle reviennent fréquemment les Maristes eux-mêmes, laïcs et religieux, dans leur désir de mieux s'approprier le sens de leur vocation dans l'Eglise. C'est pour aider à l'éclairer qu'est né le projet de ce recueil.
Il y a déjà l'ouvrage Des Maristes parlent de Marie, recueil de textes de Maristes religieux et laïcs sur Marie. Et, dans les établissements scolaires, les Textes de référence de la tradition des Pères maristes comme éducateurs. Nous avons souhaité ici, pour les mettre à la disposition du plus grand nombre, rassembler des textes émanant de religieux et de laïcs, brefs et suggestifs, et jugés importants pour ce qu'ils disent de " l'être mariste ". Ils sont pour une part déjà connus ici et là mais diffusés de manière éparse, parfois inédits.
Les textes sont organisés en trois ensembles :
- quelques documents sources du Père Colin ou de chapitres des Pères maristes,
- des pages évoquant l'actualisation de l'esprit mariste,
- d'autres relatives à l'engagement des laïcs.
Nous espérons ainsi aider à l'approfondissement personnel, au partage dans les groupes, et aussi à la communication auprès de ceux qui demandent à connaître ce qui nous fait vivre comme Maristes.
Etienne Baubion, Marie-Reine Grange, Michel Guerre, Bernard Thomasset
Au quotidien (p. 27-28)
Ne faites pas de l'évangélisation une entreprise, une affaire qui tourne, qui rapporte et qu'il faut faire marcher coûte que coûte.
Ne prenez pas trop au sérieux toutes ces manœuvres, toutes ces industries dont le but est de " faire passer " un message, de conquérir les hommes, comme si vous aviez quelque chose de plus qu'eux.
Mêmes les miracles aujourd'hui ne pourraient rien. Gardez l'humour.
Prenez de la distance, pas la distance méprisante de ceux qui disent : " Il y a deux églises et j'ai choisi la bonne ". Ce serait simple.
Participez à la vie de l'Eglise locale... Mais ne prêchez pas trop souvent. Ne vous laissez pas prendre au piège des mots qui ont trop servi : amour. foi, salut, Dieu, Résurrection...
Ayez beaucoup de pudeur. Soyez petits.
Aujourd'hui il n'y a que la foi et la prière qui peuvent convaincre les esprits éclairer les intelligences et toucher les cœurs.
Redécouvrez, dans une prière simple, la stupeur de la foi. Cherchez Dieu où Il se trouve.
Fortifiez-vous les uns les autres. Simplifiez votre vie.
Aidez-vous mutuellement à aller à contre-courant de ce monde, où on ne sait plus quels sont les vrais trésors.
Regardez votre Mère et imitez-la.
François Marc sm
Ils se veulent de la famille de Marie (p. 19-20)
Au début, la confiance, celle d'une femme envers l'incroyable nouvelle de mettre au monde, en restant vierge, l'Enfant de la Promesse.
Ensuite, la confiance, celle d'une mère envers le fils qu'elle aime : faites tout ce qu'il vous dira. Et l'eau du robinet se transforme en vin de fête.
A la fin, la confiance, quand tout est contraire, quand Jésus est cloué, qu'il n'y a plus personne pour chanter ses miracles, la Parole en elle reste vivante. Et le Fils ressuscite. Et l'Esprit, à nouveau, vient la visiter pour fonder l'Eglise avec les autres disciples.
Les Maristes ne parlent pas de Marie. Ils ne l'honorent pas de façon spéciale. Ils empruntent son chemin, celui du disciple, et mettent toute leur vie sous le signe de cette confiance. S'ils vont - encore - au bout du monde, comme les premiers qui atteignirent l'Océanie en 1836, ils souhaitent aussi - restant sur place - porter l'Evangile dans des pays largement inconnus, ceux de l'exclusion, de la marginalité, de l'incroyance, de la solitude ou de la banalité quotidienne.
Ni en conquérants, ni en explorateurs. Sans sponsors et sans journalistes. Plutôt en frères : partageant avec ceux et celles qu'ils rencontrent la source de leur bonheur et leurs raisons de vivre, proposant de faire la fête comme à Cana, quand beaucoup pensent qu'elle est finie, relisant l'Evangile comme si c'était la première fois, acceptant de ne pas comprendre d'un coup et, méditant toutes choses en leur cœur, ils partagent leurs questions, faisant Eglise avec leurs compagnons d'un jour, d'un mois, ou de dix ans, attentifs au présent plus qu'à l'avenir, soucieux de bien vivre plus que de bien mourir.
Ils se veulent de la famille de Marie ils n'en tirent aucun privilège sinon celui d'apprendre d'elle comment écouter la Parole et comment la mettre en pratique.
François Drouilly sm
Question d'identité (p. 32-33)
Au moment ou des Africains, en entrant dans la Société de Marie, lui donnent une ouverture nouvelle, la question de l'identité des Maristes se pose à beaucoup au Sénégal.
Des questions se font entendre : " Par quoi vous distinguez-vous ? On ne savait pas que le Père X était mariste ; il est comme les autres prêtres... Vous n'avez pas de façon de prier plus particulièrement la Sainte Vierge ; chez d'autres religieux, on voit par des pratiques quotidiennes ce qui leur est propre. Qu'est-ce qui marque votre Congrégation ? "
La réponse est facile : Rien. Et c'est en cela que nous essayons d'être maristes
Dans l'évangile, Marie ne se distingue pas des autres... Elle marche dans la montagne comme une jeune femme de son temps ; elle se conforme à la loi d'Israël qui demande à la maman d'un nouveau-né de le présenter au Temple. Elle n'est pas mise à part, comme si elle jouissait d'un privilège particulier. Elle va en pèlerinage à Jérusalem avec parents et amis; elle se rend avec les autres aux noces de Cana,avec d'autres elle se retrouve sur le chemin de la croix, à la Pentecôte elle se tient au milieu des Apôtres. En somme, elle suit la voie commune, mêlée tout naturellement à la foule, pleinement solidaire de la condition humaine.
Elle ne se distingue ni par ses actes, ni par sa façon extérieure de vivre. Mais par la manière de les accomplir en union constante avec Jésus, dans l'acceptation joyeuse et simple de l'amour du Père.
Un texte des Constitutions maristes le dit clairement :
" La Société de Marie ne se caractérise ni par des œuvres déterminées, ni par une forme particulière de culte marial, mais par son désir de faire du mystère de Marie dans l'Eglise son inspiration quotidienne. "
Un Mariste n'est pas un spécialiste du culte marial, de la prière à la Sainte Vierge. On ne le reconnaît pas non plus à certaines activités qu'il serait seul à faire.
Il n'est ni un maître ni un champion. Il est un chrétien ordinaire. Simplement, il s'efforce de faire tout ce qu'il fait à la manière de Marie, mêlé aux autres hommes, partageant leurs soucis quotidiens, leurs travaux les plus humbles. Fidèle à Jésus comme une mère qui ne cesse de penser à son Fils. Accueillant dans cette condition de vie modeste le Père qui, par l'Esprit, veut faire en chaque baptisé sa demeure.
C'est pourquoi la façon " mariste " de vivre peut séduire non seulement des prêtres et des religieuses, mais des laïcs, méfiants devant les manifestations extérieures et les approbations, attirés par l'humble vérité des relations humaines et du travail accompli sérieusement et sans bruit, comme faisait Marie.
(Extrait de Maristes en Afrique, novembre 1985)
Ces passages sont extraits de Maristes en Eglise, numéro spécial d'Echanges maristes, 6, rue Jean Ferrandi, 75006 Paris.